lab grown diamond

(Photo principale: courtesy Courbet)

Plus de 40% de la production de diamants est destinée à un usage industriel. Cet usage recouvre principalement des diamants de faible qualité, impropres à l’utilisation en joaillerie, ainsi que des diamants de synthèse. Ces diamants sont utilisés pour la découpe, le forage et le polissage de matériaux. Le diamant est également utilisé dans le domaine de la biotechnologie, par exemple lors de traitements contre le cancer. Parallèlement, la production de l’industrie minière dédiée à la haute joaillerie réduit d’années en années. Le prix moyen des gemmes augmente progressivement : +40% depuis les 60 dernières années. Il était impératif de trouver un substitut au diamant naturel qui est une ressource épuisable et plus écologique.

I. Qu’est-ce qu’un diamant de synthèse ?

Le diamant de synthèse est un diamant réalisé dans un laboratoire à partir de deux différents procédés. Soit par un mélange de méthane et d’hydrogène chauffé à 3000°C, soit par dépôt chimique en phase vapeur. Ces procédés sont présentés comme une révolution, réalisant un travail naturel d’un milliard d’années en sept jours seulement, le tout sous commande!

Si le procédé existe depuis de nombreuses années, il ne permettait pas d’obtenir une qualité “gemme”. Le diamant synthétique était donc un substitut pour des utilisations industrielles mais pas pour la joaillerie.

Des caractéristiques similaires

Les diamants synthétiques produits aujourd’hui présentent les mêmes caractéristiques visuelles que celles des diamants naturels, il est impossible de les distinguer à l’oeil nu. Résultat de la cristallisation du carbone, ils ont les mêmes propriétés chimiques, par exemple une densité équivalente (3,517), et sont très difficiles à identifier sans les bons outils de gemmologie. Le principal laboratoire de certification européen HRD a développé un outil nommé D-Tech, capable de dissocier diamants naturels et diamants de synthèse à partir d’un laser spectroscopique et d’UV luminescents.

Crédit: famediamonds.com
Néanmoins, le diamant de synthèse ne suit pas le processus naturel de pression du carbone à basse température, il n’est donc pas rare. Il n’est pas valorisé au prix du diamant naturel. Il est classé comme une “gemme artificielle” comme l’oxyde de zirconium ou la moissanite, par exemple.

Où sont-ils produits?

Les principaux producteurs sont localisés en Chine et en Inde, mais il existe d’autres laboratoires de production aux Etats Unis, et même en Europe notamment en France. Les diamants synthétiques français sont normalement accompagnés d’un certificat d’authenticité. Sur ces certificats, il est interdit d’apposer des mentions dites trompeuses, telles que “élevé”, “cultivé”, “de culture”, “vrai”, “précieux”, “fin”… Un label couleur (jaune) est utilisé pour les différencier de naturels.

II. Le diamant synthétique se fait une place dans la Haute Joaillerie !

Les précurseurs de la vente du diamant de synthèse ont chacun leur stratégie propre à eux, ce qui cré un dilemme impossible à contrôler :

  • Fiona Diamonds commercialise ses diamants de synthèse parmi une offre de diamants naturels haut de gamme avec une campagne marketing telle que “Forever diamond” qui rappelle celle de DeBeers un demi siècle passé (diamants are forever).
  • Diamond Foundry sont spécialisés sur le marché du milieu de gamme pour offrir des diamants de laboratoire avec un message et des prix qui ciblent la génération des Millennials. Celui-ci mène une stratégie robuste et provocatrice, se focalisant sur l’avancement technologique du diamants, une supply chain contrôlé par eux-mêmes.
  • Ayant constaté l’engouement des consommateurs pour les diamants synthétiques et la décroissance de leurs chiffres de vente, DeBeers a décidé de racheter un producteur de diamants synthétique anglais (Element Six) et de lancer la marque Lightbox. Le lancement de Lightbox dans le monde de la joaillerie fait polémique. La marque dispose d’un marketing novateur et propose des prix très attractifs.
  • Innocent Stone, Brilliant Earth et Courbet communiquent sur l’aspect “éthique” des diamants fabriqués en laboratoire. Ils cherchent à attirer les consommateurs soucieux des conditions de production des gemmes naturels ainsi qu’une génération plus jeune.
  • Les producteurs mondiaux de diamants, tels que Diamond Producers Association et Rio Tinto, voient cette montée en puissance comme une véritable menace à écarter. Ils appuient leurs discours sur le caractère “réel” et “authentique” du diamant par l’investissement dans des campagnes de communication fortes avec, en particulier, le message “Real is rare, real is a diamond“.

4C, version synthétique?

Crédit : HRD Antwerp

Les diamantaires, les bijouteries et les différents laboratoires de pierres précieuses ont instauré les mêmes critères d’évaluation des 4C (cut, carat, clarity, color) pour les diamants synthétiques. On constate que la majorité d’entre eux dévalorise de 30% le prix du carat, par rapport au diamant d’origine naturelle (Source Rapaport).

Tout comme sur le marché du diamant naturel, la bague solitaire synthétique est un produit d’appel. C’est aussi la pièce la plus vendue (51% des ventes mondiales) à des prix très compétitifs: parfois deux fois moins cher que le diamant naturel. De quoi redynamiser le marché chez les jeunes, qui représentent une clientèle de plus en plus désintéressée, en particulier face à la barrière du prix d’acquisition.

Une offre moins cher?

Chaque maison applique sa stratégie prix selon leur positionnement:

  • Fiona Diamond qui cible une clientèle exigeante, ne propose qu’un certain standard haut de gamme, avec des diamants de synthèse à 2600$ le carat (E, SI2, Excellente).
  • Par comparaison, son concurrent positionné éthique destiné aux plus jeunes propose à qualité similaire des diamants fabriqués en laboratoire à partir de 1900$ par carat.
  • Seul Lightbox se démarque avec une offre d’appel défiant toute concurrence à 800$ le carat. De plus, Lightbox focalise sur la variété de l’offre, proposant des diamants de couleur bleu et rose au même prix (800$ le carat). Dans ces gammes de couleur, les diamants naturels peuvent coûter des milliers de dollars!
Crédit : Courbet

Toutefois, tous les diamants de synthèses présents sur le marché ne se valent pas, et seul ceux qui sont certifiés diamants synthétiques sont légitimes. Comme pour le diamant naturel, l’acquisition de diamants synthétiques doit se faire avec précaution.

III. Des résultats inattendus

Crédit : Cosmos Magazine

Le diamant synthétique gagne de plus en plus de terrain malgré la faible part de marché qu’il représente avec 4 millions de carats annuel (2,5%). En joaillerie, si le diamant de synthèse était quasiment inexistant avant 2017, il fait de plus en plus parler de lui. Certains joailliers l’imposent comme standard à leur production, comme Courbet, qui s’est installé au centre du marché Français, 7 Place Vendôme à Paris. C’est le début d’une véritable guerre commerciale qui s’annonce entre “réactionnaires” du diamant naturel et “progressistes” du synthétique.

Ce marché semble tellement opportun que les premiers producteurs américains se font peu à peu concurrencer par les acteurs chinois et indiens. Ces acteurs multiplient les chaînes de production à bas coût et prennent rapidement des parts de marché. Ce phénomène a pu être observé pour les perles de cultures, 20 ans auparavant. Maintenant, on peut trouver des perles de cultures de toute qualitée sur le marché, de provenance de tout genre d’établissement avec des régulations de travail très strictes.

IV. Le diamant synthétique est propre aux jeunes mais, viendra-t-il écraser le marché du diamant naturel?

Les ‘sustainable development goals’ initiés par l’ONU se propagent dans la sphère entrepreneuriale, ils créent une véritable préoccupation sociale et environnementale, particulièrement chez les jeunes qui veulent changer leurs modes de consommation. Ainsi, les diamants de synthèse semblent être une solution qui propose une joaillerie plus éthique et plus responsable. C’est le compromis idéal pour une génération promouvant le changement, mais qui reste attachée à son mode de consommation. De plus, les différentes polémiques autour du Processus Kimberley montre qu’il est difficile de contrôler la chaîne d’approvisionnement d’un diamant naturel. Il est difficile d’être certain qu’un diamant, surtout de petite taille, n’ai pas financé l’économie de guerre (diamant de sang). Fiona Diamonds avait fait la promotion du diamant synthétique en présentant une bague ensanglantée avec écrit : “2 mois de salaire” pour un diamant de sang.

Il existe également une cible secondaire. Les jeunes moins attachés à l’aspect naturel du diamant et curieux du caractère nouveau de l’offre en laboratoire. Ils sont surtout convaincus du côté économique de l’acquisition d’un diamant de synthèse, proposant pour eux un meilleur rapport qualité et prix. L’avancement technologique séduit ses “geeks”.

Le dernier groupe ciblé comprend les gens cherchant une offre beaucoup moins onéreuse. Ces “fake bling-blinger” apprécie le côté show-off d’un diamant. Une bague de fiançailles peut coûter moins de 1500$ pour un synthétique diamant de 1 carat (de grande qualité ou fancy colors) alors que le même solitaire en diamant naturel pourrait coûter environ 20.000$.

Néanmoins, il n’est pas dit que le diamant de synthèse écrasera le diamant naturel, puisqu’une catégorie de consommateurs refusent catégoriquement l’idée de se procurer un “faux diamant”. Ces consommateurs, attachés à la rareté de la pierre, sont très présents. Les deux industries devraient cohabiter pendant les prochaines années, le diamant naturel ne cédant pas plus d’un dixième de sa production au diamant synthétique dans les prochaines années.

V. Le diamant de synthèse, une alternative écologique et durable ? Pas tant que ça…

Crédit : yadavjewelry.com

Beaucoup contestent la glorification du diamant de synthèse en dénonçant une forme de “greenwashing”. En effet, la méthode d’extraction ou de fabrication des diamants est très énergivore, peu importe le procédé. Les études effectuées par le RJC dans ce domaine montrent que le calcul du bilan carbone de la production de diamant synthétique n’est pas plus intéressant, bien au contraire ! Le diamant naturel consomme en moyenne 160 kilos de C02 par carat poli et parcours pas moins de 650km par véhicule à moteur thermique. Bien que cette consommation paraisse déjà surréaliste, la consommation d’énergie de la production de diamants de synthèse représente 2,5 fois la charge d’une Tesla par carat poli. Pour les machines les moins performantes, la quantité d’électricité nécessaire peut tripler. Certains laboratoires, conscients de ce désavantage, tentent de ne recourir qu’aux énergies renouvelables (panneaux solaires, etc.).

Crédit : i-diamants.com

Enfin, à la question éthique, est ce que la diamant de synthèse permet d’éviter le financement des groupes armés ? La réponse est incontestablement oui car cette nouvelle chaine de production court circuite totalement les chaînes de production traditionnelles en Afrique. Mais à quel prix ? Si le marché s’effondre, cela signifie également imposer le renoncement à une partie de l’économie africaine qui repose sur l’exploitation de ces ressources minières. En particulier, concernant les mines qui sont rentrés dans des processus de certifications éthiques, proposant un travail décent pour les populations locales dans des conditions de travail contrôlées.

VI. La vision d’Exjewel

Nous travaillons pour offrir la meilleure estimation possible au diamant synthétique afin d’assurer que les prix de nos estimations digitales correspondent au mieux au tendance sur ce marché. Nous remontons la chaîne de valeur, afin de garantir que nos évaluations tiennent compte de ces nouvelles ressources.

Comme vous l’aurez compris, le diamant de synthèse fait l’objet de nombreuses polémiques. D’une part, par ses avantages car il renouvèle la chaîne de production, et d’autre part ses inconvénients car il soulève de nouvelles contraintes sur le plan socio-environnemental.

Chez Exjewel, nous pensons que la durabilité de l’industrie joaillière ne peut être atteinte par ce type d’innovation. Ce sont les consommateurs eux-mêmes qui, avec des outils d’accompagnement, pourront imaginer le bijou de leurs rêves à partir de matières 100% recyclées. En réutilisant les matières existantes, vous pourrez inventer et réinventer des pièces exceptionnelles.

VII. Un espoir pour les diamants naturels?

Les scientifiques disent avoir trouvé au moins un de ces réservoirs au-dessous du Brésil – et suggèrent que d’autres pourraient être dispersés à travers le monde. Les diamants sont aussi vieux que la Lune, ils sont projetés à la surface de la Terre par «un réservoir de lave caché». ****Les gemmes précieuses, appelées “diamants super profonds”, sont stockées à au moins 250 km sous la croûte de notre planète, au-dessus de mystérieux réservoirs de lave en fusion. Les scientifiques confirment avoir résolus le mystère pour atteindre cette couche encore vierge.

Moins chères et quasiment indifférenciables, les pierres artificielles / synthétiques bousculent la joaillerie.Comme vous l’aurez compris, le diamant de synthèse fait l’objet de nombreuses polémiques. D’une part, par ses avantages car il renouvèle la chaîne de production, et d’autre part ses inconvénients car il soulève de nouvelles contraintes sur le plan socio-environnemental. Entre arguments écologiques et marketing, nous clarifions tout doute sur le synthétique!

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Crédit : Pure at birth